Le jardin Naturel de Juliette

Quand je suis arrivée chez Juliette pour un coaching-jardin, j’ai tout de suite été sous le charme de son jardin au naturel.
On y devine un monde absolument fascinant!

En attendant de pousser plus loin la réflexion sur l’aménagement de son jardin, Juliette a décidé de laisser pousser la prairie, en ne tondant que des chemins.
Je trouve cela tellement plus enchanteur qu’un ennuyeux rectangle de pré tondu!

une petite table et 3 chaises, une lanterne, déco de charme dans le jardin naturel

Les allées tondues guident nos pas vers la pergola, vers la balançoire, vers le compost et le petit carré de fraisiers au fond du jardin, tandis qu’autour de nous, il y a tout un univers accueillant pour la petite faune et la flore indigène.

Le Jardin naturel de Juliette
une allée tondue, mais pas trop souvent…

Sans compter le gain d’énergie et de temps : un seul fauchage par an sur toute la parcelle et une tonte occasionnelle pour les chemins, durant la belle saison.
Le printemps venu, Juliette laisse libre cours à sa créativité, les allées peuvent changer chaque année, les courbes sont mouvantes, la structure du jardin n’est jamais figée.

la pergola dans la prairie, où quelques toiles en tissu léger permettent d’ombrager un peu…

C’est donc un jardin facile à vivre, avec très peu d’entretien, et où se délectent les abeilles et les papillons.
En faisant ce choix audacieux, Juliette a permis de créer tout un écosystème au jardin.

Pour autant, Juliette a fait appel à moi car son but n’est pas de laisser le jardin devenir une friche.
Elle l’a d’ailleurs déjà agrémenté de quelques rosiers, arbustes et vivaces bien choisis. On pourra ajouter une grande diversité de fleurs nectarifères ou mellifères d’allure naturelle, tout en préservant des zones avec quelques indigènes.
Il faudra veiller à gâter les pollinisateurs à chaque saison avec, par exemple, des noisetiers, cornouillers (Cornus mas ou officinalis), saules, bruyères ou hellébores pour l’hiver car à cette période, les sources de nourriture sont rares.

un jeune rosier grimpant est planté au coin de la pergola

aster ‘Marina Wolkonsky’

Est-il nécessaire de préciser que bien sûr, ici, les pesticides et autres produits chimiques sont exclus?!
Même ceux que l’on dit « bio », y compris le savon noir, ne sont pas totalement anodins! Ils sont en tout cas non sélectifs.

Evitez si possible les éclairages nocturnes ou utilisez-les avec parcimonie. La lumière artificielle le soir ou pire, toute la nuit, perturbe la faune du
jardin, notamment les pollinisateurs nocturnes, et chamboule leur cycle naturel.

De l’audace!

Ce type de jardin ne correspond certainement pas aux jardiniers consciencieux, qui aiment les massifs propres et ordonnés, avec des plantations bien disciplinées.
Ceux-là diront sans doute que c’est inadmissible, que ce jardin est négligé, et ce désordre apparent les plongera dans une confusion sans nom…

Mais ce fouillis fera le bonheur des entomologistes amateurs et il fera rêver les plus fantaisistes, les artistes, les aventureux, les épicuriens, ceux qui jardinent en dilettante, les jardiniers du dimanche un peu bohème,…
Mine de rien, Juliette a fait preuve d’audace en assumant ce choix mais je crois qu’ainsi, à sa manière, elle contribue à une prise de conscience de notre impact sur l’environnement, auprès de ses voisins et de son entourage…
Même si ils ne veulent pas de ça chez eux (pour l’instant!), ils observent, ils sont intrigués, ils s’émerveillent devant la richesse de la faune, et peut-être même envient-ils la jardinière qui a osé! Et qui a le temps de profiter du soleil pendant que eux, s’échinent à tondre, arroser, tailler… (mais oseront-ils l’avouer?)

Tolérer les plantes sauvages pour améliorer la biodiversité au jardin

Non seulement elles sont belles ces sauvageonnes, mais en plus certaines sont des plantes hôtes pour de nombreux insectes et papillons, comme la carotte sauvage pour la très belle chenille du Machaon. Il y a beaucoup de carotte chez Juliette mais très peu d’orties… Dommage car l’ortie est la plante hôte pour le papillon Paon-du-jour. Les coccinelles les apprécient l’une comme l’autre.
Nombreuses sont les fleurs mellifères qui attirent les pollinisateurs.
Celles montées en graines nourriront les oiseaux en hiver…
Les fines graminées, légères et aériennes, les mettent toutes en valeur, avec le même panache que des stipa tenuifolia!

les fines graminées mettent les fleurs en valeur aussi bien que des stipa tenuifolia!

Le jardin naturel de Juliette

Mes séchées, même en graines, la plupart ont encore de l’attrait car elles apportent du graphisme, des contrastes de couleurs, de forme, de hauteur…

Si vous voulez vous lancer, on trouve aussi en jardinerie différents types de mélanges de graines pour « prairies fleuries » ou jachères, souvent composés de fleurs particulièrement mellifères ou d’engrais verts.  Avant de les semer à la volée, il est parfois préférable de désherber et ameublir le sol au préalable.
La floraison s’étale généralement tout au long de l’année et grâce aux graines qui se resèment spontanément, on retrouve certaines floraisons d’une année sur l’autre.

coquelicots

 

Le jardin récompense la jardinière de son indulgence envers les soi-disant « mauvaises herbes » : en nous y promenant, nous nous sommes émerveillées devant toute la petite faune qui y trouve refuge: abeilles, guêpes, araignées, papillons, sauterelles et même une grenouille!
Je ne serais pas étonnée que des hérissons nichent sous un tas de branchages laissé au fond du terrain ou dans un coin sous la haie champêtre.

La haie champêtre, pleine de vie!

Comme toutes les haies, elle sert de brise-vent et de brise-vue, mais en prime, la haie champêtre abrite un tas de petites bêtes au fil des saisons.
Elle est un milieu favorable pour les insectes pollinisateurs et d’autres auxiliaires qui aident à lutter contre les ravageurs du jardin.
Les oiseaux y trouvent le gîte et le couvert. 

Au sol, elle abrite une foule de micro-organismes décomposeurs améliorant la qualité du sol.
Le paillage naturel (branchages, BRF, feuilles mortes, etc.) offre les conditions favorables au développement des jeunes plants et à l’installation de la faune.

haie champêtre

Ce type de haie joue donc un rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes et son entretien est peu contraignant. On est bien loin des haies monospécifiques qui n’apportent qu’un intérêt médiocre en termes paysagers et naturels et qui, bien souvent, réclament des tailles drastiques et régulières pour garder la forme.

Décorative et utile à la fois, la haie champêtre est composée d’essences locales donc particulièrement adaptées au terroir : églantiers, charmes, aubépines, noisetiers, viornes…  Elles rythment les saisons : floraisons printanières puis estivales, couleurs d’automne et fructifications hivernales !

cynorrhodons dans la haie
viorne: fructification et début de la coloration automnale

Juliette la taille elle-même, à la cisaille, quand la période de nidification est passée.
Il n’y a pas de clôture ici car la haie se suffit à elle-même. Si chez vous une clôture est nécessaire (pour le chien par exemple), pensez à découper des ouvertures de 20 cm dans le bas du grillage pour laisser passer les hérissons !

haie champêtre: églantier, noisetier, viorne et aubépine

Les jeunes plants s’installent beaucoup mieux et sont plus vigoureux.
Un segment de la haie a été installé 3 années plus tard que le reste, ce qui permet de constater à quel point ils grandissent vite !
Ce dernier tronçon de haie est moins haut et moins fourni que le reste mais seulement 3 ans les sépare!

Maison d’hôtes…

Un jardin naturel peut facilement loger de nombreux insectes dans des tiges creuses, un lit de paille, des bûches percées, ou pourquoi pas plusieurs petits hôtels à insectes.
Avec son fils, Juliette a bricolé un joli abris pour les abeilles solitaires.
Elle a aussi installé des nichoirs pour les oiseaux.

petit hôtel à insectes
orties, plante hôte pour le Paon-du-jour.

Le compost

Le coin compost est important pour recycler les déchets végétaux directement.
A côté, Juliette a planté un très bel acer griseum! Joli choix qui prendra bientôt ses habits d’automne!

l’accès au compost

Belles rencontres au jardin naturel

J’ai été ravie de rencontrer Petit Chat qui est venu se frotter à moi tout au long de la visite…

Mais j’ai aussi rencontré ses compagnons des prés sauvages… Juliette a fait des recherches pour identifier ses deux hôtes les plus étonnants…

La chenille du machaon. Selon le site Natagora, ce papillon est observé dans moins de 15% des jardins, donc assez rare. Il fréquente les potagers sans pesticides où il est attiré par les ombellifères (fenouil, carottes, persil).  Il se nourrit de carotte sauvage (Daucus carota). Ben oui, le jardin de Juliette en est plein!

la chenille du papillon Machaon (Papilio machaon)

Pour l’araignée (brrrr), il s’agit de l’Argiope frelon. C’est une espèce qui apprécie les milieux ouverts et ensoleillés.
Elle était autrefois particulièrement présente au sud de l’Europe (essentiellement au sud de la Loire en France mais également dans le Morbihan) et considérée comme rare au nord de cette ligne. En Belgique, elle a été observée pour la première fois en 1874 par Léon Becker à Hastière et elle semble moins rare dans une partie importante du pays en 2009, y compris dans les régions les plus froides en hiver comme l’Ardenne belge (tout cela selon Wikipedia). Sa présence montrerait donc le changement climatique !?

Argiope bruennichi, encore appelée en français Argiope frelon, Argiope rayée, Argiope fasciée

épeire diadème

H.L.M. pour punaises brunes
papillon piéride
une abeille qui butine et s’en met plein les babines
un syrphe
la punaise rayée rouge et noire (graphosome italien) fréquente l’été les ombellifères.

guêpe
épeire diadème

coccinelle et punaise brune
abeille
tipule

Et le clou du spectacle, la cerise sur le gâteau, la petite grenouille!

une petite grenouille brune
Le petit chat de Juliette

Création d’une lasagne avant les plantations

J’ai proposé à Juliette de tester la technique de la lasagne pour créer un premier massif fleuri.
Première étape : faucher une parcelle puis y installer une « lasagne » : superposer des couches de cartons, broyat et divers végétaux, en les alternant. D’ici 3 à 6 mois, grâce aux vers de terre et à la micro-faune qui vont bien travailler, la surface sera prête à planter, dans un sol riche et souple.

fauchage d’une parcelle

Le soir même, Juliette m’écrit: « L’après-midi a été bien rentabilisée, la lasagne a déjà deux couches ».
Je suis donc retournée voir ça!

la lasagne
la lasagne: technique pour créer un nouveau parterre sans trop se fatiguer et surtout, sans travailler le sol pour préserver la biodiversité

la lasagne: technique pour créer un nouveau parterre sans trop se fatiguer et surtout, sans travailler le sol pour préserver la biodiversité
le jardin vu d’en haut

Merci pour ton accueil Juliette!
Je crois bien que je reviendrai chez toi de temps en temps! 😉
J’irai voir l’évolution de la lasagne… et je te refilerai quelques graines à semer et des morceaux des plantes de mon jardin!

16 commentaires sur “Le jardin Naturel de Juliette

  1. Franchement j’admire cette jardinière qui s’épanouit dans son jardin naturel , l’important c’est qu’elle s’y sente bien car ne dit on pas …  montres moi ton jardin et je dirai qui tu es !
    J’avoue que ce jardin ne ressemble pas au miens où je passe mes journées , où je me sens bien et où une multitude d’insectes. ,oiseaux , tritons ,poissons ,chats ,chiens ,taupes …. et mêmes des rates et rats à mon grand désespoir mais c’est cela un jardin , c’est accueillir la diversité .
    Je n’utilises aucun produit chimique et là je rejoins ton amie Juliette .
    Je suis certaine que comme moi , son jardin la rend heureuse et c’est cela le principal !!!!
    Merci Malo pour ce beau reportage .
    Bon dimanche ,gros bisous

  2. Un Jardin surprenant. Que,le belle démarche pour la biodiversité. Chaque Jardin est unique et on doit s’y sentir bien, c’est au jardinier qu’il doit plaire.

  3. Merci, Malorie, pour ce très bel article ! Tu as réussi à décrire et illustrer parfaitement mon jardin et mon état d’esprit. En te lisant, je me surprends même à redécouvrir mon jardin (je suis toute émue)… quelle richesse finalement!
    Bien-sûr, j’espère encore faire évoluer ce jardin grâce aux précieux conseils de Malorie… J’étudie pour le moment la liste des plantations qu’elle me propose (très studieuse :D). Mais cet article me fait déjà apprécier la beauté de la nature tout simplement.
    Merci aussi pour les commentaires bienveillants des lecteurs. Joyeux jardinage à tous ! 😉

    1. Une belle invitation à la Nature , ce jardin .
      Quel est
      le nom de la plante , où épeine diadème pose ?
      Merci pour cet article intéressant , une fois de plus.

      1. Un bel article Malo !
        C est vrai : un jardin écolo avant tout celui de Juliette. Intéressant pour sa biodiversité, faune et flore. La technique de la lasagnes est bonne à connaître.
        J avoue que ce n est pas mon style de jardin mis à le côté biodiversité car même s il est très planté avec des plantes choisies c est la façon dont il est cultivivé qui compte, ainsi au moins la faune y vient tranquillement en toute sécurité dès lors sue le cahier des charges est respecté : haies, bassins, abris,….
        Bon courage à Juliette pour la suite !

  4. J ai la même friche avec tanaisie chardon rumex graminées ortie etc j ai voulu la faucher cette année….je me suis arrêtée qd j ai vu un vol blanc magnifique du sphinx du ligustrum que j avais dérangé….Que faire….chaque geste intempestif dans le jardin et c est un peu moins de nature sauvage…

    1. J’ai exactement le même dilemme (car j’ai lu quelque part que pour certaines espèces, elles ont besoin de plus d’un an pour un cycle de vie complet de reproduction)! Du coups, j’ai décidé de ne faucher que 1/3 cette année … là où je veux faire les plantations proposées par Malorie. 🙂

  5. Evidemment, c’est convaincant! J’aime ce fouillis végétal car c’est faire entrer la nature chez soi!
    Mon jardin à l’abandon depuis un mois ressemble un peu à celui-ci, sauf la structure voulue très rigide. Mais l’intérieur des massifs en a pris à sa guise et tout sèche sans que j’intervienne. Punaises et papillons sont aux anges! Mon oeil un peu moins et les rosiers en prennent un coup… mais je suis étonnée de voir que le jardin peut survivre sans soin, en comptant sur sa bonne nature! Et je me réjouis que carottes sauvages, lychnis, linaires se resèment sans que j’intervienne! Ainsi sera peut-être l’avenir…

  6. Très bel article, très intéressant!
    A chacun son jardin ,on le fait pour soi et sa famille ,il faut s’affranchir de regard des autres !
    Je confirme que la plantation sur lasagne est très intéressante après l’avoir testée sur une terre très argileuse .J’ ai ajouté du fumier de cheval au broyat et aux feuilles mortes .Le printemps venu le carton avait disparu, la terre était souple …
    Bon jardinage à tous !

  7. merci Malorie pour ce reportage passionnant, j’ai adoré les photos de près, et bravo à Juliette. Je me demande bien pourquoi les voisins sont sceptiques, chaque cultive son jardin comme il l’entend, et ça m’a donné des idées. A bientôt. Sylvie

  8. Un jardin super pour la faune, mais trop fouillis pour moi. Je n’aime pas les fleurs fanées, je les coupe très vite sauf si je veux récolter des graines.
    J’ai quand même commencé un coin sauvage au bout du jardin. On verra ce qui va y pousser. Je donne un coup de pouce en ramenant des plantes poussant au bord des fossés.
    Le lierre a tendance à tout envahir !

  9. Coucou les filles, je vois que vous vous êtes trouvées! C’est chouette de vous lire et de voir la belle évolution de ton jardin Juliette ! Passez une belle semaine ! Bisous

  10. Un fort bel article sur le jardin naturel de Juliette. Cela me donne des idées pour mon jardin lorsque mon mari et moi serons un peu moins en forme pour entretenir notre jardin. Nous ferons un retour à la nature un peu sauvage…
    Bisous

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